Perles méconnues #1: Mahôjin Guru Guru

Je n’aime pas les RPG et c’est probablement pour cela que j’ai habituellement du mal avec certains shônen de fantasy. Des titres comme Dai no Daibôken, Bôken Ô Beet ou encore Blue Dragon échouent à cause d’une approche trop premier degrés qui les rend un peu « immatures » à mes yeux. En revanche d’autres arrivent à se démarquer grâce à leur humour qui rend la sauce plus digeste. Évidemment Mahôjin Guru Guru fait parti de ces derniers. En effet, ce shônen de Hiroyuki Etô fût prépublié dans le Monthly Shônen Gangan. Or ce magazine appartient à Square Enix, ce qui explique pourquoi ce manga fût très influencé par les jeux de rôles.  Mahôjin est un des rares titres parodiant ces jeux. C’est justement cette approche originale de la fantasy qui m’a intrigué et qui m’a poussé à regarder l’adaptation animée. Cette dernière que l’on doit à Nakanishi Nobuaki est une vrai perle. En effet, malgré les années les blagues font mouche!

Comme dans de nombreuses histoires de fantasy, Mahôjin Guru Guru raconte l’histoire d’un jeune garçon répondant à l’appel de son Destin. En effet la légende raconte que le redoutable démon Giri Giri qui fût scellé il y a 300ans menace à nouveau le monde. Face à une apocalypse imminente, le roi Uruga XIII décide de chercher LE héros qui sauvera son royaume. C’est lorsque ses parents virent l’affiche royale que Nike fût contraint à partir à l’aventure. Il faut dire que ce dernier reçu une éducation quelque peu particulière: depuis sa naissance, sa famille persuadée qu’il est ce héros légendaire lui fit subir un entraînement infernal. Toutefois un héros seul ne peut triompher sans l’aide d’une mage, c’est pourquoi lorsque Nike rend visite à la vieille sorcière du village, celle-ci lui présente Kukuri. Cette dernière fût élevée en secret par la mégère qui l’a aussi conditionné pour partir à l’aventure en servant le héros légendaire.

C’est ainsi que poussés à l’aventure par des adultes irresponsables, Kukuri et Nike arpentent les campagnes en sauvant la veuve et l’orphelin. En chemin ils font la connaissance de personnages exubérants tels que le vieux Kita Kita et sa danse ridicule, le « vrai » héros Gail ou encore une étrange société secrète. Ils traversent toutes sortes de paysages, des déserts les plus arides aux forêts les plus luxuriantes. Leurs aventures les conduisent à découvrir les objets magiques les plus improbables et au fur et mesure qu’ils réalisent des exploits, leur notoriété grandit. Mais toutes ces péripéties rapprochent aussi les deux jeunes gens, et au long des 45 épisodes des sentiments naissent jusqu’à atteindre un paroxysme hilarant dans l’épisode final. Car oui, qu’on se le dise, malgré ces éléments épiques Mahôjin Guru Guru reste avant tout une comédie comme on en voit rarement.

Durant le visionnage de Mahôjin Guru Guru, certains moments particulièrement intenses arrivent à nous captiver. On se surprend à apprécier la progression des protagonistes, à craindre certains dangers ou à s’emporter lorsque le bien triomphe. Mais cet anime étant une comédie, ces soubresauts d’héroïsme sont souvent achevés prématurément par un gag. Si dans d’autres animes ce genre de « tue l’amour héroïque » cassant complètement la tension scénaristique fait souvent rager les spectateurs, il n’en est rien avec Mahôjin. L’humour de ce titre naissant du décalage entre l’épique et le pathétique, plus la transition est violente et plus on glousse. Néanmoins si l’anime se contentait de ressasser la même recette sans évoluer les spectateurs finiraient probablement lassés des gags éculés. C’est pourquoi au fur et à mesure que la série avance, son comique évolue. Au tout début, alors que le scénario se lance tranquillement en reprenant tout les poncifs des jeux de rôles japonais, les blagues sont plutôt axées sur la déconstruction. On met en avant l’absurde de ces codes comme par exemple le narrateur décrivant l’état des personnages à la manière d’un jeu vidéo. Puis lorsque l’aventure a démarré et que l’on s’affranchit peu à peu de ses influences, l’humour devient plus absurde. On est plus dans une parodie de RPG mais juste dans une série de fantasy burlesque et les gags sont moins spécifiques avec par exemple les effets étranges des magies ratées de Kukuri. Enfin une fois la trentaine d’épisodes passée, l’anime utilise alors beaucoup plus le comique de répétition. Les blagues des précédents épisodes ont rempli un répertoire humoristique que le spectateur identifie instantanément. Mais là où des titres comme par exemple Pokémon lassaient avec une « team rocket qui s’envole vers d’autres cieux~ », Mahôjin Guru Guru réussit à utiliser ces gags sans trop tirer sur la corde. À ce stade Guru Guru a réussi à trouver ses marques en tant que comédie et à se libérer complètement de son statut initial de caricature de jeu de rôles.

Bien sûr des personnages travaillés sont une condition sine qua pour une bonne comédie tenant sur la longueur. Nike est à priori un héros classique comme on en trouve dans plein de jeux. C’est en effet un jeune garçon issu d’un milieu rural, blond aux yeux bleux et se battant avec une épée. Mais en dehors de cette apparence formatée, c’est avant tout un coureur de jupons pervers, lâche, cupide, incompétent et bête. Cette caractérisation dénote clairement avec ce l’idéal héroïque que l’on trouve usuellement dans ce genre de productions, cependant il semblerait qu’à l’exception du spectateur aucun protagoniste ne perçoive à quel point Nike est pathétique. Les imperfections du jeune homme le rendent plus humain. Si nous étions à sa place nous réagirions probablement de la même manière. Nous nous enfuirions à la vue d’un géant enragé et nous baverions devant ces harems remplis de courtisanes. Ces traits de caractères ne sont pas que des prétextes pour quelques gags potaches, ils sont aussi là pour faciliter l’identification à Nike.
Évidemment comme dans toute bonne œuvre fantastique qui se respecte, l’homme tient l’épée tandis que la femme envoute. Et en dehors des considérations freudiennes que ceci implique, les membres d’un couple ont souvent des caractères opposés mais complémentaires. Ainsi Kukuri est honnête, gentille, naïve mais c’est surtout une redoutable magicienne capable d’invoquer des puissances occultes. En outre, elle perçoit Nike tel qu’il devrait être et non pas tel qu’il est réellement. Par conséquent sa dévotion lui est totale, ceci se traduit notamment par la politesse qu’elle emploie quant elle lui parle. Cette jeune fille admirable à la fidélité inébranlable est vraiment attachante. Kukuri brave les plus terribles périls sans hésiter pour sauver Nike auquel on s’identifie, ceci facilite grandement l’empathie vis à vis de ce personnage. Ce schéma avec un garçon bourré de défauts et une fille impeccable est relativement récurrent dans la japanimation, mais lorsque c’est appliqué subtilement c’est diablement efficace. Si j’osais, je décrirais ceci en parlant de moe, mais cette œuvre étant à la fois post-Cagliostro (premier personnage moe) et pré-sailor moon (hotaru moeka a donné son nom au phénomène), il est probable ceci soit sujet à débat.

Cette caractérisation est accompagnée d’un design épuré et infantile. Les personnages sont petits, avec des traits plutôt ronds et ont de grosses têtes. Ce style « super déformé » fait bien entendu écho aux personnages de jeux vidéos de l’époque. L’apparence des protagonistes dans les RPG des années 90 était limité par la puissance des consoles 16bits, par conséquent les personnages étaient souvent plus mignons que réalistes.
Ceci dit, cette absence de détails facilite grandement l’animation. Sur ce plan, Mahôjin Guru Guru est un des rares shônen fleuves qui réussisse l’exploit de rester constant. Il n’y a pas trop de plans fixes et les étapes d’animations ne sont que rarement et discrètement réutilisés, pour autant il n’y a pas de séquences à faire baver les plus exigeants des otaku de l’animation.
Tout ceci se mêle à des couleurs primaires vives pour produire un visuel classique, semblable à celui des autres œuvres auxquelles Mahôjin guru Guru rend hommage en se moquant gentiment.
Ce pastiche n’est pas que visuel, c’est ainsi que de nombreuses musiques d’ambiances rappellent furieusement certains thèmes de Dragon Quest. On retrouve donc des morceaux aux sonorités évoquant le moyen-âge européen à base de cuivres et de violons. Qu’elles soient épiques et enjouées ou au contraire plus posées, les compositions de Mr Nakamura Nobuyuki accompagnent à merveille les scènes.
À coté de ça, le doublage, bien qu’honnête ne restera pas dans les mémoires. Je ne peux que rester perplexe devant ce casting qui aligne de gros noms dans des rôles secondaires tout en confiant le duo Nike/Kukuri à des doubleurs moins connus.

 

 

Mahôjin Guru Guru est un des rares shônen de fantasy qui se démarque du lot. Son humour met en avant l’absurde de situations habituellement abordées au premier degrés tandis que la psychologie de ses personnages à défaut d’être originale s’avère efficace (ククリは超萌). Si techniquement il n’y a rien de mirobolant, les rigolades excusent largement le tout, si bien qu’une fois la série terminée, il en ressort une impression très positive. Malheureusement cet anime n’eut pas l’aura qu’il aurait mérité, avec le recul de presque deux décennies, il me semble que son impact fut quasi-nul dans l’industrie de la japanime tout comme dans le fandom. Cependant, si l’on considère le fait qu’après la première série de 45 épisodes, il y a eu une deuxième série de 38 épisodes, un film et une adaptation vidéoludique, on peut en déduire que le succès fut au rendez-vous au pays du soleil levant.

8 Responses

  • J’ignorais totalement qu’il existait un article si bien construit sur le sujet quand j’ai rédigé le mien. Et j’ai pas pensé au rapprochement avec les séries inspirées de Dragon Quest telles que Fly mais c’est sûr que ça doit être fastidieux pour quelqu’un qui n’est pas un adepte du RPG de suivre ce genre d’aventure.
    Pour le manque de succès de la série, je pense que c’est surtout parce qu’elle s’adresse à un public difficile à cibler : les gosses ne comprendront jamais toutes les allusions tandis que les plus grands trouveront le design enfantin.

  • Arf, j’étais persuadé que mon article t’avais fait découvrir la série et qu’elle t’avait plu au point que écrive un article. :(
    La série a du mal à trouver son public chez nous, mais comme je l’ai mis dans la conclusion, je pense qu’elle a connu son petit succès au Japon à l’époque.

  • Désolé de te décevoir dans ce cas, je connaissais seulement l’article de Rukawa avant de me lancer dans l’aventure ^^ Je viens d’ailleurs de placer un lien vers celui-ci.
    Sinon, une idée de la qualité de la seconde saison? elle semble assez critiquée et n’a pas encore été traduite entièrement apparemment?

  • Merci pour le lien, je vais tacher de linker ton article aussi ^^.

    Je n’ai pas vu la seconde saison, je ne saurais donc te répondre. Désolé.

  • Grand succès à Hong Kong, je matais cet anime lorsque j’y étais en vacances ^^ . De superbes souvenirs, et j’ai fini par tout télécharger vers 2005 pour revoir ça :) . Aaaah la danse du pépé ^^ ….

    • Je ne savais pas que ce titre était si populaire à Hong Kong. Tu as pu voir des goodies Mahôjin Guru Guru là bas?

  • J’ai dû en voir mais ça date après :) . J’avais des cousines qui suivaient cette série c’est ainsi que je suis tombée dessus ^^ . Et par la suite, j’ai trouvé le nom japonais (oui car tout est en chinois… à HK) et j’ai tout téléchargé pour revoir ça. Ca a vieilli mais certains moments restent hilarants, et puis ce vieux quoi… J’adore les espèce de lutins qui apparaissent « Sapari Sapari » ha ha :D . Après, à HK y’avait plus grand succès: Crayon Shin Chan!!!! Lui aussi j’en étais fan ^^ .

  • Bah je ne suis allé en Chine que relativement récemment, mais je n’y ai vu que des trucs classiques (figurines hatsune miku, One Piece et maquette de gundam…).
    D’autant qu’au vu de la réputation de la Chine, je me suis méfié des figurines que j’ai pu voir.

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