compte rendu de conférence sur le manga de Mr Junichirô Suwa #1

Note: ce document est à l’origine un travail demandé par ma professeur d’art suite à la visite d’un intervenant. Il fallait faire un résumé de la conférence, puis traiter d’un thème en rapport avec les manga. Par flemme Ayant jugé que ce texte était pertinent avec ce blog, je vous le soumets dans cette colonne.

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Conférence sur le manga

Mercredi 22 Février 2012, Mr Junichirô Suwa a tenu une conférence sur les manga. Mr Suwa est un anthropologue et ethnologue venu de l’université de Hirosaki.

De nos jours, la recherche sur le manga traite de ce sujet selon l’un des trois angles d’études suivants. Le premier consiste à traiter du sujet d’un point de vue historique. Certains considèrent alors que l’origine du manga remonte à l’époque Muromachi avec les emakimono (絵巻物). D’autres pensent que cette dernière date de l’ère Edo avec les kibyôshi (黄表紙). D’autres encore émettent des théories selon lesquelles le manga seraient le fruit d’influences extérieures, telles que des caricatures occidentales arrivées au Japon par le biais de Yokohama. Enfin certains pensent que le manga est simplement un élément de l’évolution des médias.
La seconde manière d’analyser le manga consiste à aborder ce sujet d’un point de vue sociologique. C’est à dire à se focaliser sur les phénomènes socio-culturels liés à ce média.
Enfin le dernier angle d’approche est celui de la littérature. En considérant le manga en tant que style littéraire à part entière, l’étude se focalise alors sur les différences stylistiques de ces œuvres.
Cependant il y a des aspects du manga qui restent inexplorés, comme par exemple « Pourquoi les gens lisent-ils des manga ? » ou encore « Pourquoi le manga existe t-il ? ».
Durant la dernière décennie un très grand nombre de manga différents ont été publiés. Cette diversité inspire de nombreux autres médias tels que le cinéma, le web-design ou encore l’animation. Par conséquent le manga est si fermement ancré dans la culture japonaise contemporaine qu’il convient d’analyser les symboles permettant aux lecteurs de se plonger dans les récits.
Les premiers éléments que l’on perçoit à la lecture d’un manga sont ses personnages. Une simple image peut révéler beaucoup d’informations sur un protagoniste. Outre son apparence visuelle, parfois appelée character design[1], son attitude peut également laisser transparaître sa personnalité.
Les personnages créent l’intrigue, l’intrigue ne crée pas les personnages. En effet, les scenarii sont souvent « character driven », c’est à dire qu’ils sont menés par les personnages. Ainsi Mr Suwa nous précisa alors que les mangaka qu’il a été amenés à rencontrer dans son étude ont un modus operandi commun. Ils commencent tous par créer les personnages puis, écrivent ensuite le scenario. De plus, il y a des archétypes de protagonistes qui apparaissent de manière récurrente dans les manga. C’est notamment le cas des 戦闘的美少女 (sentou teki bishoujo), littéralement « les jolies filles de combat ». Ces personnages sont très populaires car ils est facile d’écrire des histoires intéressantes avec eux. D’un coté ces jeunes filles rendent possible l’intégration d’éléments romantique et de l’autre leur caractère guerrier assure un minimum de scènes d’actions. Cet archétype est si répandu que certaines personnes ont publiés des études dessus.
Les onomatopées sont un autre élément auquel les lecteurs de manga sont habitués. Elles sont également très utilisées dans la langue japonaises. Elles permettent aux lecteurs « d’entendre »  l’action. Mr Suwa nous montra alors les pages 164-165 du volume 3 de Phénix (火の鳥) où l’on peut y voir une crevasse dont nous percevons le frémissement grâce aux onomatopées. Leurs formes nous aident à imaginer les mouvements tandis que leurs tailles nous aident à imaginer les volumes des sons. De plus, les lecteurs habitués aux manga sont si familiers des onomatopées qu’ils en comprennent le sens instantanément. C’est pourquoi les onomatopées font partie intégrante du manga. Toutefois elles ont leurs limites et c’est pourquoi dans certaines situations elles se distinguent par leur absence. C’est notamment le cas aux pages 88-89 du volume 25 de Nodame Cantabile (のだめカンタービレ), où la mangaka ayant jugé que les onomatopées étaient incapables de faire honneur à la musique classique, a dessiné sans utiliser aucun effet sonore.
Enfin le dernier élément dont Mr Suwa traita fut l’écriture anti-phonétique. Écrire consiste à transcrire un langage en signes. Or les langages sont intrinsèquement liés à la phonétique. De plus en japonais on dit 「漫画を書く」(écrire des manga) parce que ce média raconte une histoire. Cependant, le manga ne représente aucun système phonétique. Il n’a pas besoin de mots pour raconter ses histoires. De plus, même si il y a des lettres sur les images, elles font simplement partie du dessin. L’histoire est l’élément principal dans un manga. Le manga est une pictographie dans lequel chaque lettre est une image et chaque image est une lettre. À Lascau, les hommes essayaient déjà de raconter des histoires par le biais de leurs peintures rupestres. De plus, dans les temps anciens, la prononciation d’un kanji était moins importante que son sens. Mr Suwa nous expliqua alors qu’il lui est possible de retrouver cette impression grâce aux poèmes de la Chine ancienne. En effet, n’étant pas sinisant, les seules impressions qu’il retire de la lecture de ces vers proviennent du sens des caractères sans qu’elles soient « parasitées » par des connaissance grammaticales.
Ainsi l’ambivalence du terme anglais « character » correspond parfaitement au manga. En effet ce terme signifie à la fois personnage et caractère.
Enfin pour conclure Mr Suwa nous a montré une vidéo de lecture de manga par un conteur [2].

L’écriture anti-phonétique est un élément qui distingue le manga des autres formes d’art séquentiel.
Il y a en effet parfois un décalage entre bruitages et sons dans les bandes dessinés japonaises. Ainsi dans la conférence de Mr Suwa, il y avait des exemples de pages dépourvues d’onomatopées. Là où un dessinateur occidental aurait probablement dessiné quelques notes de musiques, Mme Ninomiya   Tomoko[3] a choisi de ne pas représenter visuellement la musique afin de mieux solliciter l’imagination de son lectorat. Cependant l’inverse est également très répandu. Il y a beaucoup d’onomatopées « silencieuses ». Ainsi on peut citer le ざわざわ (zawa zawa) rendu célèbre grâce à son utilisation systématique de la part de Fukumoto Nobuyuki[4]. Ce mangaka a dessiné de nombreuses œuvres traitant des jeux d’argents et des paris et l’onomatopée « zawa zawa » lui sert pour représenter une atmosphère pesante.

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Ceci est probablement lié au fait que les onomatopées sont en fait des mots appartenant à l’une de ces deux catégorie擬音語 (giongo) ou des 擬態語 (gitaigo)[6]. Les giongo sont des mots servant à décrire un effet sonore. À titre d’illustration, il y a «パクパク» qui est approximativement l’équivalent japonais de notre « miam-miam » et qui a donné son nom au célèbre Pac-man. Les gitaigo quant à eux sont utilisés pour exprimer des choses ressenties. Il y a par exemple «イライラ» servant à exprimer l’impatience. Les gitaigo sont donc un outil très pratique que la langue japonaise met à disposition des mangaka.

Cependant, le décalage entre sons et informations écrites ne se cantonne pas qu’aux onomatopées. Il arrive en effet que des personnages ne prononcent pas le texte écrit dans leurs bulles. À la manière des temps anciens évoqués par Mr Suwa, les significations des sinogramme sont prépondérantes sur leurs prononciations. À la manière de certains romanciers jouant sur les furigana, les mangaka peuvent eux aussi adjoindre aux kanji des lectures fantaisistes. Généralement ceci, sert à dissiper une ambiguïté lorsqu’un personnage s’exprime avec des termes vagues.


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Ainsi dans cet exemple, le personnage prononce les furigana あいつ (aitsu, celui là) mais les kanji à coté nous indiquent qu’il s’agit de quelqu’un nommé 樋口(Higuchi). Ce procédé est très facile à appréhender pour le lecteur japonais habitués aux furigana depuis sa plus tendre enfance.
Le manga est donc une forme de bande dessiné exploitant certaines particularités de la langue japonaise. Si il est possible de retranscrire, du moins partiellement, ces dernières (les effets avec furigana étant en effet absents des traductions françaises et anglaises), ces spécificités stylistiques sont cependant absentes des productions issues d’autres pays. Par conséquent, elles contribuent à donner au manga une identité propre.

Sources:
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Character_designer
[2] http://www.youtube.com/watch?v=L7ETtVptIYA
[3]http://www.animenewsnetwork.com/encyclopedia/people.php?id=30932
[4]http://www.animenewsnetwork.com/encyclopedia/people.php?id=42090
[5]image tirée de kaiji
[6]http://englishpatterns.com/community/1115
[7]image tirée de all rounder meguru

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